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# 13

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marketing, photographie, publicité, horlogerie,

blog, wristshot, montre, poignet

OPINION

 

La mise en scène

 

Plan principal. L'imagination investie dans cette mise en scène fait toujours preuve d'une vacuité absolue, mais néanmoins naïve et systématique : le sujet revêt sa plus belle chemise lignée (bleu-blanc de préférence), sur laquelle il enfile encore un blazer (parce que ça fait chic). Il remonte ensuite légèrement les manches de l'ensemble pour faire apparaître sa tocante. Pour ce shooting, il choisit un calibre de 50 mm de diamètre au minimum (sinon ça ne le fait pas et ça risque de ne pas se voir). Là, on tient notre sujet principal. On a tout les accessoires principaux? Ah, non... Un riche, ça fume le Havane. Alors on s'équipe encore d'un barreau de chaise glané dans la première civette (et tant pis si les admirateurs de l’œuvre photographique découvrent que la capitale du cigare s'éloigne drastiquement de Cuba, c'est juste une question de moyens).

 

Arrière-plan. Dans le décor toujours flou, on expose toute la symbolique du parvenu : à choix une Ferrari (mais pas le dernier modèle, bien évidemment, juste une version des années '80, taillée à la serpe) ou un hors-bord en plastique (parce qu'un Riva en acajou ou un yacht ponté en teck serait mieux, mais ils ne croisent pas dans les parages en toutes saisons). Si on est bien disposé, on n'oubliera pas d'intégrer dans le cadre quelques « erreurs de casting »... Cherchez Charlie : ici un bout de jeans, de basket, ou là une chaussette Burlington. La bagnole était dans un musée? Sans aucun doute, on distingue même tantôt les autres voitures, tantôt la signalétique des commodités. C'est pas ta montre ? Ben non, je suis dans une boutique, ça se voit en arrière-plan...

 

La qualité de la photo

 

A la base, le wristshot, c'est l'idéal pour les droitiers : la montre au poignet gauche et l'appareil dans la main droite. Clic, c'est facile, c'est propre, c'est net et c'est dans la boîte.

En faisant le tour des images publiées, on remarque toutefois que cette facilité apparente s'emberlificote systématiquement. Comme le sujet travaille avec un téléphone portable (selfie oblige) il faut deux mains pour assurer la netteté. Avec le flou induit, le photographe signe le grand retour d'Hamilton, accompagné de son inévitable kyrielle de filtres censés donner un aspect seventies à l'image. Mmmmh, à mon sens c'est raté, l'élève n'atteint jamais le maître.

 

Quant à l'angle de champ de l'appareil, il est suffisamment large pour déformer la perspective. La montre est placée bien au centre pour lui donner la place qu'elle mérite (au prix où elle est, faut pas trop rigoler), mais elle est déformée juste ce qu'il faut pour qu'un boîtier tonneau apparaisse comme parfaitement circulaire. En plus, avec toute la subtilité de l'éclairage naturel non maîtrisé, on a beaucoup de chance si un reflet discordant ne vient pas se placer pile poil au centre de la glace. Au cas où, il nous reste l'option du contre-jour, ce qui, au vu des publications, est un must en wristshot.

 

Le message à faire passer

 

Bon, ceci étant dit, focalisons-nous sur le sujet: la montre. J'ai quelques années d'expérience et j'ai parfois de la peine à reconnaître tel ou tel modèle. Pas bon pour la pub. Pourtant l'image d'un produit a des chances de susciter un intérêt aux yeux du spectateur justement parce qu'elle offre une impression réelle dudit produit. Ça évite ensuite les surprises en magasin: c'est bien la montre telle que je l'imaginais. Respect des couleurs, des matières et des formes.

 

Une publicité réussie emmène aussi, par l'ambiance qu'elle crée, le public dans un rêve, dans un monde imaginaire et cohérent. Or dans le wristshot, mon regard est irrésistiblement attiré par un poignet tout velu avec une main sans doigt, baignant dans une lumière jaunasse ou orangée. S'il vous plaît ! A mille lieues de là, l'univers glamoureux du luxe a bien d'autres choses à offrir.

 

En approfondissant un peu l'analyse de ces images, on remarque de prime abord que la communication horlogère a fait son œuvre et atteint son but initial: vendre du rêve, vendre du luxe. Elle rassemble désormais une cohorte de clients qui n'hésitent pas à montrer sur les réseaux sociaux qu'ils se sont offert une belle Zénith ou une magnifique Rolex.

 

Or, à la lecture de ces images, je me demande si les marques ont réellement atteint leur but et se posent désormais les bonnes questions?

- S'intéressent-elles au fait qu'un diamètre de 50 mm est bien trop grand pour nos « petits » poignets? Sait-elle si le marché asiatique (où la corpulence des gens est généralement plus fine qu'en occident) est en phase avec un tel produit? Remet-elle en question la tendance du design qui les pousse à aller toujours vers le plus grand, le plus clinquant?

- Lorsque la montre n'est pas trop grande, on remarque alors que le bracelet n'est souvent pas adapté. Bizarre... Si l'on achète une montre de luxe dans une boutique, le vendeur doit prêter une attention particulière au confort... Bracelet ni trop lâche, ni trop serré. Mais peut-être l'achat n'a-t-il alors pas été effectué dans un point de vente officiel, ce qui doit nécessairement amener à se poser des questions sur ses canaux de distribution... Internet, quand tu nous tiens.

- Et qu'en est-il des garde-temps de haute horlogerie dont le prix à lui seul représente plusieurs fois notre salaire annuel? Vu la rareté de ce type de montre, le respect envers ses créateurs et la mécanique d'exception, les marques devraient réserver le port au poignet du client exclusivement. Par respect, que dis-je par déférence pour l'ensemble, Messieurs les blogueurs, arrêtez les selfies pileux pour montrer un garde-temps qui vous est momentanément prêté!

 

Et pour le challenge?

 

Pour jouer sur la vague du moment, je parie une aiguille sur le phénomène ice-bucket. Qui sera la première marque a publier officiellement un wristshot avec une montre étanche? En tous cas, moi, je vais ressortir ma Scuba et aller faire un tour au lac. Promis, je ne poste pas les images :-)

Arrêtons le wristshot pendant qu'il en est encore temps

 

S'il y a bien un phénomène qui m'horripile, c'est le wristshot. Le quoi? Mais oui, le selfie au poignet de la montre "haut-de-gamme" , arborée de la manière la plus ostensible et la plus clinquante qui soit, et publiée à l'envi sur les forums de passionnés d'horlogerie. Et qu'est-ce qui vous chicane, Môssieur, dans le wristshot? Ben, c'est qu'on y trouve un peu tous les défauts de la communication visuelle. C'est même un comble à l'heure où certaines marques envisageraient d'utiliser ce type de clichés dans leurs publications officielles.

Mon dieu, non! montons au créneau!

 

par Marc Amiguet - 28 août 2014

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